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Du côté du centre de recherche

Jeudi 8 septembre 2016

Bilan des fouilles du chantier PC 15

Scrollez vers le bas

Publié le 8 septembre 2016

Un espace public exceptionnel au cœur de l’oppidum de Bibracte

Capitale du peuple gaulois des Eduens, l’oppidum de Bibracte est connu par les Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César, avant d’être exploré entre 1864 et 1907, puis tous les ans depuis 1984 par des équipes d’archéologues de toute l’Europe.

Depuis 30 ans, les programmes de recherche qui rassemblent ces scientifiques s’intéressent à l’organisation urbaine globale mais aussi à des secteurs particuliers du site. Le Parc aux chevaux est l’un de ces secteurs remarquables, d’abord connu pour son quartier résidentiel de la dernière période d’occupation de l’oppidum et ses luxueuses domus à la romaine. Les adolescents du chantier école de Bibracte ont d’ailleurs achevé cette année le dégagement des pièces de la vaste domus « PC1 » (plus de 3000 m2), dont les salles de réception ont livré précédemment d’étonnants fragments de mosaïques et d’enduits peints.

Au nord-ouest de ce quartier, c’est le replat central du mont Beuvray qui captive l’attention des archéologues depuis quelques années. Initiée en 2012, la fouille extensive du secteur a mis en évidence une tout autre facette de l’organisation de l’oppidum, sous la forme d’un ensemble architectural de 45 m de côté intégralement construit en bois : il faut sans doute voir là le premier espace public clairement défini de l’oppidum de Bibracte, très probablement installé avant la Guerre des Gaules !

Sa reconstruction complète à deux reprises explique le grand nombre de poteaux repérables en négatif sous la forme de fosses de fondation : elles apparaissent sur les photos après fouille comme autant de cavités de diamètres variés, de quelques dizaines centimètres à 2 mètres !

En observant la disposition des diverses fosses, on peut restituer une cour encadrée par un portique sur ses quatre faces avec une ouverture axiale sur ses côtés est et ouest. Après la 2e reconstruction, ce portique est remplacé par un édifice imposant qui occupe le centre de la cour.

Cette construction en bois se singularise aussi par l’usage d’un murus gallicus pour maintenir la terrasse artificielle sur laquelle elle est installée : le murus gallicus désigne une technique de construction spécifique des Gaulois, habituellement réservée à la construction des remparts et qui consiste en un talus de terre armé de poutres de bois entrecroisées et renforcé par un parement de pierres.

Dans une ultime phase de fonctionnement, à la toute fin du Ier siècle avant notre ère, la construction en bois est remplacée par une autre en pierre qui indique l’assimilation par les Gaulois de techniques romaines dans l’art de bâtir.

Cet édifice qui trouve très peu de comparaisons dans le monde celtique dévoile une facette nouvelle de Bibracte. La présence de cet espace public – dont la fonction doit encore être précisée – renforce le caractère urbain de l’agglomération à la veille de la guerre de Gaules. Son maintien en activité et sa reconstruction après la guerre des Gaules, alors qu’un véritable forum romain s’érige  à moins de 2090 m de distance dans un autre secteur du site, montre la complexité de cette période de transition où les Gaulois devinrent des Gallo-romains. Enfin, l’utilisation inédite de la technique du murus gallicus pour un ouvrage sans caractère défensif témoigne d’une facette nouvelle de l’art de construire des Gaulois.

Fouille dirigée par Philippe Barral, Pierre Nouvel, Matthieu Thivet (université de Franche-Comté) et Martine Joly (université de Paris-Sorbonne).